08 juillet 2009

Hexadécimale

Je suis assise dans un fauteuil de cuir brun, les mains croisées derrière la tête. À ton entrée dans la pièce, j'évite de te regarder. Attends-tu une réponse de ma part? Je t'avoue de but en blanc ne pas t'avoir écouté. Je n'ai rien de plus à t'offrir; j'ai l'intention de rester de marbre jusqu'à ce que tu bouges.

Pas un mot. Tu berces mon visage entre tes mains jusqu'à me laisser croire qu'elles ont été moulées le long de mes joues. Je n'ose toujours pas permettre à tes yeux de plonger dans les miens, par peur de ce que tu risques d'y voir. Ton contact prolongé me malaise l'intérieur; je tourne la tête brusquement.

Tu laisses tomber sur le sol mon visage de porcelaine. Il n'est pas cassé, mais fêlé un peu, sur le côté, là où il se fondait à ma mâchoire. On remarque facilement qu'il s'agit d'une façade.

Merci, merci merci merci.

03 juillet 2009

Tu vois rien.

Ramper parmi les décombres, enfoncer mes doigts dans les coins les plus laids, sentir un mouvement qui bruisse sous mes ongles, deviner la voix qui m'inquiète. Je n'assume rien, je te glisse entre les jambes comme une étendue de vagues décousues qui filent pour tisser un paysage aride. Je tisonne, je dresse les plus grands chevaux du monde; nul ne me ferre. Je creep dans les plis du grand chapiteau aux couleurs de boue et je murmure les ritournelles qui hantent ton sommeil. Je jongle avec les pommes caramélisées que je pose ensuite sur ton crâne. Je t'arc-à-flèche et tu fermes les yeux tellement fort que l'intérieur de ta tête les avale. Ton visage est lisse comme le ballon qui tourne sur mon nez rond. Mes mains sont pleines d'aiguilles et je t'éclate en voulant toucher ta joue. Quel gâchis.

01 juillet 2009

For Halloween, I'll go as a human.

Je parle, j'écris, ma face est un livre ouvert qui transmet plein d'infos encore plus vite que ce que mon cerveau prend le temps de former. Pourtant, je communique comme une huître. J'ai jamais su comment signifier aux gens que je suis vraiment là, même quand j'en ai pas l'air. Je hais qu'on me touche l'épaule quand on me parle au même titre que j'ai besoin d'une grande bulle, socialement parlant. J'comprends pas les gens qui ont peur d'être seuls. Peut-être parce que moi j'ai peur d'être avec les gens, parfois. Mais j'suis là quand même, j'vous oublie pas. J'suis pas froide; juste un peu silencieuse par moments.

27 juin 2009

Capitulation

J'étais assise sur la chaise devant l'évier, pas maquillée, après une journée de travail où il avait fait assez chaud pour que les patrons nous rappellent de nous hydrater. J'avais des papillotes de métal un peu partout sur la tête et je faisais déjà de grands efforts pour rester polie avec celle qui faisait son travail en me tirant les cheveux. Y'avait une autre cliente; elle attendait que sa teinture ravive le rouge de ses racines châtain terne. Avec le sac sur la tête, on voyait beaucoup ses trop gros sourcils.

Quand ta femme est arrivée, je l'ai pas tout de suite reconnue. J'avais jamais porté attention à elle, les rares fois où je l'ai croisée. J'ai appris son prénom et j'ai trouvé dommage qu'il soit tellement plus joli que le tien. Elle a bien peu de cheveux; il fallait pas les couper beaucoup. Mon cerveau a souri en coin quand j'ai réalisé combien elle semble gentille. Évidemment.

Quand ta fille est venue la rejoindre, je me suis dit que la vie devait se trouver drôle en maudit de me niaiser comme ça. Elle a tes yeux.

Vous partez au Mexique dans onze jours. Pendant ce temps-là, j'me ferai un itinéraire qui m'évitera de passer devant chez toi.

24 juin 2009

407

Les signes sont là, mais j'arrive pas à déterminer ce qui les a éveillés.

La moitié de mon activité cérébrale est en mode automatique pendant que l'autre compte et calcule attentivement. Le temps, l'argent, les distances, les possibilités, les probabilités. J'ai jamais aimé les chiffres.